La cour d’appel de Reims a confirmé mercredi la condamnation pour traite d’êtres humains, travail dissimulé et emploi d’étrangers sans autorisation prononcée à l’encontre de l’ex-dirigeante de la société de prestations viticoles Anavim. Cette décision marque un tournant dans la lutte contre les abus qui entachent la filière champagne, longtemps protégée par la complexité de la sous-traitance.
Une peine maintenue en appel. L’intéressée, ressortissante kirghize d’une quarantaine d’années, avait été condamnée en première instance à quatre ans de prison dont deux fermes. La cour d’appel a confirmé cette sanction, avec un maintien en détention. Ses deux lieutenants, chargés essentiellement du recrutement, ont vu leur peine légèrement allégée à un an de prison avec sursis chacun. La SARL Cerseuillat de la Gravelle, viticulteur ayant fait appel à Anavim pour les vendanges, a en revanche été relaxée à l’issue de l’appel.
Chaque victime recevra 4 000 euros au titre du préjudice moral, soit 53 personnes indemnisées au total. Quant aux salaires non versés, ils feront l’objet d’une audience ultérieure devant le conseil de prud’hommes. Le Comité interprofessionnel des vins de Champagne (CIVC) a obtenu 5 000 euros au titre du préjudice d’image.
« Comme des bêtes ». Les conditions infligées aux saisonniers en 2023 étaient indignes. Originaires du Mali, de Mauritanie, de Côte d’Ivoire ou du Sénégal, pour la plupart en situation irrégulière, ils étaient logés dans un bâtiment insalubre à Nesle-le-Repons, près de Reims. Sanitaires répugnants, installations électriques dangereuses, matelas posés à même le sol : l’inspection du travail avait alors constaté en septembre 2023 que ces conditions portaient « gravement atteinte » à la sécurité, la santé et la dignité des travailleurs.
Une trentaine de victimes étaient présentes au prononcé de l’arrêt, transportées par un bus affrété par la CGT. Leur avocat, Maxime Cessieux, a exprimé sa satisfaction que la qualification de traite d’êtres humains ait été retenue, soulignant que ces travailleurs avaient été « considérés comme des bêtes ».
L’enjeu de la sous-traitance internationale. Pour José Blanco, secrétaire général de l’intersyndicat CGT du Champagne, le combat principal reste à venir : lutter contre les prestataires basés hors de France, qui échappent au droit français. Le dossier Anavim n’était d’ailleurs pas isolé : lors des mêmes vendanges 2023, une autre affaire concernant des saisonniers ukrainiens avait abouti à une condamnation à trois ans de prison, dont deux fermes, prononcée le 28 janvier 2026.
