Avec un débourrement particulièrement précoce et une descente d’air froid annoncée pour la nuit du 14 au 15 mars, le vignoble français traverse une période charnière où se conjuguent menaces gélives et premières alertes sanitaires.
Le millésime 2026 démarre sous tension. En Anjou, certains chenins ont déjà pointé le bout de leurs bourgeons dès la fin février. En Bourgogne et en Champagne, les chardonnays affichent une avance de près de quinze jours. À Bordeaux, le constat est identique : la rive gauche comme la rive droite présentent une avance phénologique d’environ deux semaines par rapport à la moyenne décennale, avec un débourrement du merlot généralisé dans tout le département. C’est même une semaine plus tôt que le millésime 2025, déjà considéré comme précoce, observe Pauline Lagarde, consultante chez Derenoncourt Vignerons Consultants.
Cette avance végétative accroît la sensibilité au gel, tout tissu vert devenant vulnérable face aux températures négatives. Or, selon Emmanuel Buisson, directeur produit chez Weenat, la nuit du dimanche réunissait toutes les conditions favorables à un épisode gélif : ciel dégagé, air froid et humide, absence de vent et sols déjà refroidis. Le Grand Est, l’Alsace, la Lorraine et la Champagne figuraient parmi les zones les plus exposées, mais la Côte-d’Or, en plein débourrement, ainsi que les Charentes, l’Aquitaine et le Val de Loire devaient également surveiller leurs thermomètres.
Le mildiou déjà en embuscade
Au-delà du froid, la pression sanitaire s’invite très tôt dans la saison. À Bordeaux, certains jeunes plants comptent déjà jusqu’à deux feuilles étalées et les vieilles vignes en sont au stade pointe verte. Pauline Lagarde évoque la nécessité de programmer des traitements préventifs en bio dès le mois de mars, une situation rarissime puisqu’on démarre habituellement en avril. Cela ne s’était produit qu’une seule fois en dix ans, en 2024 sur le secteur de Pessac.
L’œnologue Simon Blanchard, associé du cabinet, rappelle que la moindre faille sur le premier traitement antimildiou peut compromettre toute la saison, comme l’a démontré 2024. Or, février n’a pas permis d’avancer les travaux du sol, faute de fenêtres météo favorables : pas un tracteur n’a circulé dans les rangs depuis six semaines. Le vignoble entre donc dans son cycle 2026 avec à la fois de l’avance végétative et du retard logistique, une équation périlleuse pour les vignerons.
