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Des ceps à tous les stades : débourrement, vendange, taille. Bienvenue au Brésil, là où la vigne ne dort jamais 

Dans le Nordeste brésilien, à proximité de l'équateur, la viticulture défie les lois de la nature. Ici, pas d'hiver pour faire entrer la vigne en dormance, pas de printemps pour orchestrer le débourrement : les vignerons inventent leurs propres saisons et…

Dans le Nordeste brésilien, à proximité de l’équateur, la viticulture défie les lois de la nature. Ici, pas d’hiver pour faire entrer la vigne en dormance, pas de printemps pour orchestrer le débourrement : les vignerons inventent leurs propres saisons et imposent à leurs ceps un calendrier artificiel qui peut produire jusqu’à trois récoltes par an.

Un terroir extrême. La région de Petrolina, située dans le semi-désert du Nordeste, ne reçoit que 300 à 350 millimètres de précipitations annuelles. Le soleil se lève et se couche à des horaires quasi constants tout au long de l’année. Sans le fleuve São Francisco, qui irrigue généreusement les terres environnantes, aucune agriculture n’y serait possible. Pourtant, mangues, pastèques, raisins de table et désormais raisins de cuve y prospèrent grâce à un système d’irrigation maîtrisé.

Quand les vignerons jouent les chefs d’orchestre du climat. C’est dans les années 1980 que les premiers raisins de cuve apparaissent dans la région, à l’initiative de producteurs souhaitant valoriser des récoltes jugées invendables en frais. Aujourd’hui, des domaines comme Tropical Vitivinicola exploitent encore des parcelles plantées en 1984 qui ont déjà connu plus de cent vendanges. La rotation se fait selon une mécanique précise : pour les cépages rouges, deux cycles et demi par an ; pour les blancs, plus précoces, trois cycles.

Pour déclencher le débourrement, les vignerons ouvrent l’irrigation, simulant ainsi un printemps. Après la vendange, ils coupent l’eau et pulvérisent de l’éthéphon, ce qui provoque la chute des feuilles. Ils taillent, puis relancent le cycle. Dans des parcelles voisines, on observe simultanément des ceps en débourrement, en pleine maturité et en taille. Le vignoble forme une mosaïque de couleurs en constante évolution, du vert tendre au marron sec.

Une organisation humaine inédite. Au domaine Terranova, dans le Pernambouc, 130 hectares produisent 4 000 tonnes de raisin par an grâce à 120 employés répartis entre vinification (40) et travail à la vigne (80). Toute saisonnalité est abolie : les ouvriers taillent et vendangent le même jour dans des parcelles différentes. Le pressoir, utilisé en continu, est de petite taille, dimensionné pour ce travail à flux constant.

L’arsenal chimique du tropical. Selon Laurent Torregrosa, professeur à l’Agro de Montpellier, lever la dormance des bourgeons impose souvent l’usage de Dormex (cyanamide hydrogène), un produit dont l’utilisation est plus discrètement évoquée par les producteurs que celle de l’éthéphon. Cette dépendance aux intrants chimiques reste l’un des points sensibles d’un modèle viticole néanmoins unique en son genre.

Fin de la chronique
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