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Le vin va manquer : comment Jean Merlaut finance la sortie de crise viticole

Figure discrète mais influente du vignoble bordelais, Jean Merlaut adopte une stratégie à contre-courant dans la tempête qui secoue actuellement la Gironde. Convaincu qu'une pénurie de vin se profile à moyen terme, le négociant et propriétaire de plusieurs crus classés…

Figure discrète mais influente du vignoble bordelais, Jean Merlaut adopte une stratégie à contre-courant dans la tempête qui secoue actuellement la Gironde. Convaincu qu’une pénurie de vin se profile à moyen terme, le négociant et propriétaire de plusieurs crus classés a mis en place des accords de conciliation avec ses banques pour traverser la crise sans perdre sa capacité d’investissement.

L’expérience d’un homme du métier. Ancien assureur de formation, le propriétaire des châteaux Camensac (Haut-Médoc), Gruaud-Larose (Saint-Julien) et Rabaud-Promis (Sauternes), ainsi que de la maison de négoce Ginestet, applique au vin la maxime apprise dans son premier métier : toujours prévoir le pire. La crise actuelle, il l’avait anticipée. Instabilité politique nationale, tensions internationales et baisse mondiale de la consommation ont convergé pour fragiliser une filière déjà sous pression. Mais selon lui, « quand on est malade, il faut résister ».

La conciliation comme bouclier financier. Dès la fin 2024, anticipant le durcissement bancaire, Jean Merlaut a réuni ses créanciers et engagé une procédure de conciliation. Homologuée en décembre 2025, elle couvre ses principaux domaines (Camensac, Dudon, Gruaud-Larose, Rabaud-Promis) et lui garantit l’accès au crédit jusqu’en 2029, à des conditions à peine durcies. Pour lui, « la conciliation n’est pas la maladie, c’est le vaccin ». Une protection essentielle alors que de nombreux viticulteurs reçoivent désormais des courriers de défection de leurs banques, exigeant le remboursement de prêts à court terme dans des délais réduits.

Un pari sur le Nord-Médoc. Pendant que d’autres arrachent, Jean Merlaut investit. Sa stratégie : racheter 250 hectares de vignes dans le Nord-Médoc, zone qu’il juge sous-estimée. Le réchauffement climatique permet désormais d’y obtenir des cabernets parfaitement mûrs, ce qui n’était pas toujours possible auparavant. Convaincu que les consommateurs n’entretiennent plus de caves de garde, il oriente sa production vers des vins prêts à boire, sans abandonner le système des primeurs qu’il voit simplement se ralentir pour les grands crus.

Une lecture optimiste de la crise. Le négociant pronostique un rééquilibrage du marché bordelais à horizon trois ans, hors grands crus classés qui restent soumis aux turbulences géopolitiques. Les signaux faibles le confirment : dans les crus bourgeois, les prix planchers remontent doucement, passant de 1,5 à 2,5 euros la bouteille. Encore en dessous du prix de revient, certes, mais ce moindre mal préfigure peut-être le redressement à venir d’un vignoble en pleine mue.

Fin de la chronique
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