Pour faire face à l’ampleur de la crise viticole girondine, la région Nouvelle-Aquitaine s’apprête à lancer une foncière inédite chargée de racheter les parcelles arrachées et de leur trouver une nouvelle vocation agricole. Une réponse ambitieuse à un problème jugé sans précédent.
Le constat dressé par Alain Rousset, président de la région, est sans appel : la chute de la consommation hexagonale, passée de 127 litres de vin par habitant et par an dans les années 1960 à environ 40 litres aujourd’hui, frappe désormais l’ensemble des vignobles, des plus anonymes jusqu’aux grands crus dont les dernières ventes en primeurs ont déçu. Les jeunes générations boivent moins, et le phénomène s’étend à l’Italie, à l’Espagne et aux États-Unis. À cela s’ajoutent les tensions tarifaires sur les exportations, en particulier vers le marché américain, particulièrement sensibles pour les vins de Bordeaux et le cognac.
Une foncière pour soulager les exploitations
Initialement portée par la Confédération Paysanne, l’idée d’une foncière dédiée au rachat des parcelles arrachées a fait consensus. Le mécanisme prévoit que l’Établissement Public Foncier et la SAFER assurent le préportage des terres, avant que l’État et la région ne contribuent à hauteur de 30 % d’un premier volume de 20 millions d’euros. Quatre banques régionales — Crédit Agricole d’Aquitaine, Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique, Crédit Mutuel du Sud-Ouest et Caisse d’Épargne Aquitaine Poitou-Charentes — apportent à elles seules 14 millions d’euros pour amorcer le dispositif, motivées par la nécessité de désendetter des exploitations très exposées.
Restructurer plutôt que morceler
L’enjeu n’est pas de revendre les parcelles au coup par coup, mais bien de procéder à une forme de remembrement permettant de leur trouver une nouvelle destination agricole. Avec près de 19 000 hectares déjà arrachés en Gironde ces trois dernières années et un nouveau plan attendu en 2026, les superficies concernées sont considérables. La région a sollicité l’INRAE pour évaluer les capacités agronomiques de ces sols, certains présentant par exemple jusqu’à une tonne de cuivre à l’hectare, héritage des traitements passés. Asperges, oliviers, kiwis : plusieurs pistes seront étudiées en fonction des terroirs.
Pour Alain Rousset, la démarche dépasse l’enjeu foncier. Elle vise à libérer financièrement des viticulteurs étouffés par la dette et à permettre la remise sur les rails de propriétés viables, complétée par la distillation des stocks accumulés sur plusieurs millésimes. Une réponse globale, pour une crise qualifiée par certains de centennale.
