Aude et Hérault demandent des traitement par drone des vignes inondées et sous menace mildiou

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Face à des sols détrempés et à un risque mildiou imminent, les viticulteurs de l’Aude et de l’Hérault sollicitent une dérogation pour traiter leurs parcelles par drone. Mais la profession insiste : sans accès à des produits réellement efficaces, l’autorisation resterait lettre morte.

Les demandes officielles ont été déposées le 9 mars dans l’Aude, puis le 10 mars dans l’Hérault. Elles répondent à une situation inédite : après plusieurs années de sécheresse, le retour des précipitations a transformé de nombreuses parcelles en mouillères impraticables. Les tracteurs s’enlisent en série, rendant impossible l’entrée mécanisée dans les vignes au moment précis où celles-ci débourrent en avance, certaines feuilles s’étalant déjà sur les premiers cépages.

Une dérogation à trois clés ministérielles

L’enjeu est urgent : protéger les bourgeons naissants du mildiou alors que les outils habituels sont hors d’usage. Jérôme Despey, président de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault, a porté la demande devant le ministère de l’Agriculture lors du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer, qu’il préside, le 11 mars. Le traitement par aéronef relève en effet d’une autorisation conjointe de trois ministères : Agriculture, Environnement et Santé. La rapidité de la réponse conditionne directement l’utilité du dispositif.

Mais l’expérience récente refroidit les espoirs. En mai 2025, dans le Var, une dérogation similaire avait été obtenue pour traiter des vignes inondées, sans grand effet : un seul produit, une bouillie bordelaise spécifique, était autorisé, et il était introuvable dans la région concernée dans sa version colorée — la seule disposant d’une fiche de données de sécurité compatible avec la voie aérienne. Pour Jérôme Despey, il faut anticiper et homologuer en amont une liste de produits réellement opérationnels contre le mildiou et l’oïdium, incluant des substances systémiques aux effets curatifs durables, et non pas se limiter à des cuivres rapidement lessivés.

Un enjeu de trésorerie

Cette dimension est cruciale dans un contexte où les exploitations viticoles voient leurs marges fondre. Une nouvelle pluie après un traitement au cuivre lessivable annulerait son effet, mais les vignerons n’ont plus les moyens d’enchaîner les passages aériens coûteux. Reste un dernier regret pour la profession : la loi votée pour autoriser l’épandage par drone sur les parcelles en forte pente n’a toujours pas reçu son décret d’application, laissant le traitement aérien dans une zone juridique grise, accessible uniquement par dérogation au cas par cas.

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