Crise viticole : après l’arrachage place à la distillation des surstocks

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Après l’arrachage massif des vignes en surnombre, le gouvernement français franchit une nouvelle étape dans la gestion de la crise viticole en réactivant la distillation des surstocks. Une mesure complémentaire à l’enveloppe de 130 millions d’euros consacrée au plan d’arrachage définitif, annoncée en novembre dernier. Deux dispositifs qui visent à réduire mécaniquement l’offre face à une demande en berne.

L’arrachage définitif permet d’éliminer durablement les parcelles qui ne trouvent plus leur marché. Indemnisés à l’hectare, les vignerons volontaires acceptent de renoncer à leur potentiel productif sur une portion de leur exploitation, souvent les parcelles les moins qualitatives ou les plus difficiles à exploiter économiquement. Cette mesure structurelle doit, à terme, rééquilibrer la production à la baisse pour soulager la pression sur les prix.

Toutefois, l’arrachage ne règle pas la question des stocks accumulés dans les chais. Les caves coopératives et les négociants supportent depuis plusieurs années une accumulation préoccupante de volumes invendus, qui pèse sur leur trésorerie et bloque la fluidité du marché. La distillation de crise, technique éprouvée mais souvent décriée, apparaît comme une réponse de court terme à cette difficulté.

Concrètement, la distillation permet de retirer du marché des volumes excédentaires en les transformant en alcool industriel, destiné à l’industrie pharmaceutique, cosmétique ou aux biocarburants. Les producteurs sont indemnisés à un niveau jugé suffisant pour absorber leurs coûts, sans pour autant constituer un débouché économiquement intéressant à long terme. Cette mesure exceptionnelle ne se justifie qu’en période de crise aiguë.

Les régions les plus concernées sont les vignobles méridionaux — Languedoc, Roussillon, Provence — et bordelais, particulièrement affectés par la baisse de la consommation de vin rouge. Les rouges génériques, longtemps colonne vertébrale du marché français, peinent désormais à trouver preneur face à la montée en puissance des blancs, des rosés et des effervescents.

Cette double action — arrachage et distillation — divise la profession. Certains responsables syndicaux estiment qu’elle ne fait que reproduire les schémas du passé, sans s’attaquer aux causes structurelles : positionnement commercial, valorisation, adaptation aux nouveaux modes de consommation. D’autres y voient un mal nécessaire pour éviter l’effondrement complet des prix départ.

Pour les vignerons, la priorité reste de retrouver une rentabilité durable. Les mesures gouvernementales offrent une bouffée d’oxygène, mais ne dispensent pas la filière d’engager une réflexion de fond sur son modèle économique. Sans hausse des prix de vente, sans reconquête des consommateurs, les plans de crise risquent de devenir une habitude coûteuse plutôt qu’une véritable sortie de difficulté.


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