Dans le Libournais, la crise viticole oblige à imaginer de nouvelles utilisations pour des infrastructures vinicoles devenues sous-employées. Illustration symbolique avec la décision prise par la Communauté d’agglomération du Libournais (Cali) lors de son conseil communautaire du 26 février : à l’unanimité, les élus ont voté l’acquisition pour 50 000 euros des locaux de la cave coopérative viticole de Lapouyade. Une démarche traitée en accéléré pour devancer les contraintes liées au calendrier électoral municipal.
Ces bâtiments, qui accueillaient autrefois la transformation des raisins de la coopérative, vont désormais bénéficier à une activité bien différente : la production d’œufs en plein air. La Maison Tizac, entreprise implantée dans la commune voisine de Tizac-de-Lapouyade, va profiter de cette acquisition pour accompagner son développement et pérenniser son ancrage local. Une diversification éloquente du tissu agricole girondin.
L’opération s’inscrit dans une dynamique plus large impulsée par l’Agglo du Libournais et la Communauté de communes Castillon-Pujols. Ces collectivités, conscientes des difficultés que traverse l’économie viticole, cherchent à soutenir l’émergence de filières alternatives. L’objectif est double : maintenir l’activité agricole sur les territoires concernés et limiter le recul démographique et économique qui pourrait accompagner l’arrachage massif des vignobles.
Le contexte est en effet préoccupant. La Gironde, et particulièrement les appellations dites « génériques » du Libournais, subit de plein fouet la baisse de la demande en vins rouges et la concurrence internationale. De nombreuses caves coopératives, jadis structures pivots de l’organisation économique locale, se retrouvent confrontées à des baisses de récoltes et à une fragilisation de leur modèle. Trouver de nouvelles utilisations pour ces bâtiments, souvent vastes et bien équipés, devient un enjeu stratégique.
Le soutien à des productions agricoles complémentaires comme l’aviculture, le maraîchage ou les fruits permet de diversifier les revenus du territoire et de préserver des emplois ruraux. Sans renoncer à l’identité viticole de la région, les collectivités misent ainsi sur une mosaïque agricole plus résiliente face aux crises.
Cette reconversion partielle interroge néanmoins sur l’avenir du vignoble libournais. Pour les viticulteurs encore en activité, voir d’anciens lieux de transformation du vin réorientés vers d’autres usages alimentaires témoigne d’un changement d’époque. Mais c’est aussi le signe d’une capacité d’adaptation, qui pourrait préfigurer d’autres initiatives similaires dans les prochains mois sur l’ensemble du vignoble bordelais.