Domaine Tariquet : « Notre père a fait du vin blanc pour continuer à faire du bas-armagnac »

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Rares sont les domaines viticoles dont le nom est devenu synonyme d’une commande au comptoir. Au bar des bistrots français, on entend régulièrement résonner la formule : « S’il vous plaît, un Tariquet ! » Cette popularité a fini par installer dans l’esprit du grand public une confusion entre la marque, le cépage, l’appellation et le négoce. Or il ne s’agit ni d’une cave coopérative ni d’une simple étiquette industrielle, mais bien d’un domaine familial implanté à Eauze, dans le Gers, terre d’armagnac et pays de d’Artagnan.

L’envergure de Tariquet justifie en partie ce statut quasi mythique. La maison produit jusqu’à neuf millions de bouteilles par an, comme en 2020, l’écrasante majorité en vins blancs, grâce à un vignoble de 1 235 hectares. De telles surfaces font de Tariquet le plus important propriétaire récoltant de France, une singularité dans un paysage viticole hexagonal généralement caractérisé par des structures plus modestes.

Au cœur du domaine, une vaste gentilhommière dotée de deux tours et flanquée de huit cuves monumentales à ciel ouvert témoigne de cette dimension exceptionnelle. Tout autour s’étendent les vignes, mais aussi des vallons, des forêts de chênes, des bois, des marécages et des haies bocagères, dans une mosaïque de paysages préservés qui fait la fierté de la famille propriétaire.

Aux commandes, Armin Grassa, cinquante ans, et son frère Rémy, quarante-neuf ans, représentent la cinquième génération de la famille Grassa-Artaud, à la tête de la propriété depuis plus d’un siècle. Ils incarnent une continuité familiale qui s’inscrit dans la durée et le respect d’une histoire profondément ancrée dans le territoire gascon. Avec Yves Grassa, leur père, ils défendent une stratégie originale qui a permis au domaine de se hisser parmi les acteurs majeurs du vin en France.

La singularité de Tariquet réside dans cette articulation entre vin blanc et armagnac. C’est précisément pour préserver la production de bas-armagnac, frappé par les difficultés économiques de la filière, que la famille a fait le pari de développer le vin blanc à grande échelle. Cette diversification, audacieuse à l’époque, a sauvé l’exploitation et lui a offert un rayonnement international. Aujourd’hui, le domaine perpétue cette double identité, conjuguant des blancs friands et accessibles avec des armagnacs de garde patiemment élevés dans la tradition gasconne. Une histoire d’adaptation, de résilience et de fidélité à un terroir d’exception.

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