"Je ne pourrais pas retrouver un alambic de cette qualité" : un alambic de 1915 a été volé en Charente-Maritime

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Dans la nuit de mardi à mercredi, un alambic centenaire datant de 1915 a été dérobé dans la commune de Balanzac, à l’ouest de Saintes en Charente-Maritime. Une perte sèche pour son propriétaire, Georges Magny, l’un des derniers bouilleurs ambulants exerçant encore l’hiver dans les deux Charentes. « Ceux qui ont fait ça avaient bien préparé leur coup », constate-t-il, amer : les voleurs ont fracturé le cadenas pour repartir avec la remorque transportant l’alambic.

L’imposante machine en cuivre, peinte en rouge et capable de traiter 380 litres, avait été installée dans les ateliers municipaux de Balanzac le 17 février, dans le cadre de la campagne de distillation hivernale. Restauré l’année précédente après son acquisition, l’appareil avait représenté un investissement de 70 000 euros. « Je ne pourrais pas retrouver un alambic de cette qualité », déplore Georges Magny. « J’ai à peine travaillé deux mois avec, alors que je l’avais acheté pour répondre à une demande croissante de ma clientèle. »

Céréalier installé à Breuil-la-Réorte et président du syndicat départemental des bouilleurs ambulants, ce passionné avait repris l’activité en 2017 pour éviter qu’elle ne disparaisse complètement de la région. La perte de son plus grand alambic ralentira fortement son travail, même s’il pourra poursuivre la campagne de distillation grâce à ses autres machines de plus faible capacité.

Plainte a été déposée à la gendarmerie de Saint-Porchaire, mais le propriétaire redoute le pire : que l’alambic ait été démantelé pour récupérer le cuivre et le revendre au marché noir. La machine contiendrait environ une tonne de cuivre, métal coté autour de 9 € le kilo. Un appel à témoins a néanmoins été lancé auprès de la population locale.

Ce vol s’inscrit dans une série inquiétante. Dès décembre 2025, la gendarmerie et le bureau national interprofessionnel du Cognac avaient alerté sur la multiplication des vols d’eau-de-vie, de cuivre et d’alambics ciblant les bouilleurs des deux Charentes. Douze communes étaient alors particulièrement visées. Le phénomène dépasse en réalité la région : en décembre 2021, un agriculteur de Dordogne avait subi le même type de vol, son alambic ayant été démonté sur place pour ne récupérer que les parties cuivrées.

La filière des bouilleurs ambulants, longtemps en voie de disparition, ne compterait plus que quelques centaines de professionnels actifs en France. Distillant à domicile, pour le compte de particuliers ou de producteurs, ils perpétuent un savoir-faire patrimonial menacé à la fois par la raréfaction des vergers, le poids fiscal sur les alcools produits et désormais par la recrudescence des vols. Un coup dur pour un métier qui retrouvait pourtant des couleurs ces dernières années.

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