Le vignoble des Costières de Nîmes traverse une période de fortes turbulences. La validation du tracé aérien d’une future ligne à très haute tension destinée à alimenter la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer suscite une mobilisation aussi déterminée que diversifiée. Vignerons, agriculteurs, riverains et défenseurs de l’environnement font front commun pour contester des décisions administratives perçues comme déconnectées des réalités du terrain.
Cyril Marès, président de l’AOC Costières de Nîmes, multiplie les interpellations au plus haut niveau de l’État. Après avoir alerté la présidente de la région Occitanie Carole Delga lors de l’inauguration du salon Millésime Bio à Montpellier, il a profité de la présence du président de la République sur le stand de sa cuvée For Sure à Wine Paris pour évoquer directement le sujet avec Emmanuel Macron. Cette interpellation, soutenue par les promesses prudentes de la région, semble avoir levé un premier verrou administratif.
Au cœur du dossier figure le projet de RTE consistant à déployer une ligne électrique de 400 000 volts entre Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, et Jonquières-Saint-Vincent, dans le Gard. Le tracé s’inscrit dans le plan France 2030 visant à décarboner la grande zone industrielle et portuaire de Fos. Mais le passage envisagé traverse une partie de la Camargue ainsi que le cœur du vignoble des Costières de Nîmes, soulevant de nombreuses inquiétudes.
Les opposants sont rassemblés au sein du collectif THT 13-30, qui fédère une trentaine d’associations actives sur les deux rives du Rhône. Cyril Marès souligne la rare unité du mouvement : agriculteurs des Bouches-du-Rhône et du Gard, riverains et environnementalistes parlent d’une seule voix, sans la moindre divergence apparente. Tous évoquent un intérêt supérieur commun et regrettent un blocage décisionnel au plus haut niveau de la direction de l’énergie, malgré la présentation d’alternatives techniques sérieuses validées par des experts indépendants.
Au-delà des préoccupations sanitaires et paysagères, l’enjeu économique est considérable. Les pylônes prévus défigureraient des paysages emblématiques, mettant à mal une stratégie œnotouristique patiemment construite par les vignerons gardois. Une intervention de l’Élysée est désormais attendue pour éviter ce que les opposants décrivent comme un immense gâchis collectif, source d’une perte de temps et d’opportunités au moment où le vignoble traverse déjà une période économique tendue.