À contre-courant du discours dominant sur la crise viticole, une coopérative bordelaise fait le pari de l’avenir en installant gratuitement de nouveaux viticulteurs sur ses terres. Cette démarche audacieuse, portée par les Vignerons de Puisseguin-Lussac-Saint-Émilion, témoigne d’une vision constructive du modèle coopératif à un moment où nombre de structures peinent à maintenir leur équilibre économique.
Thomas Sidky, à la tête de cette cave bordelaise, l’assume sans détour : la démarche prend le contre-pied de l’ambiance générale du vignoble. Il reconnaît volontiers le caractère atypique de l’opération en pleine crise, mais refuse de céder à la sinistrose. Pour lui, l’avenir ne se construira pas en se résignant à l’effondrement, mais en mobilisant les ressources existantes pour transmettre la viticulture aux nouvelles générations.
Le diagnostic du dirigeant est lucide. Les problèmes économiques sont réels, les marchés en tension, les coûts de production en hausse, les défis climatiques permanents. Mais à ses yeux, le système coopératif, dont les Vignerons de Puisseguin-Lussac-Saint-Émilion sont l’un des piliers historiques en Libournais, conserve toute sa pertinence. Il y voit même une force dans le contexte actuel, capable de mutualiser les outils, les compétences et les volumes pour traverser la tempête sans abandonner les vignerons à leur sort.
L’opération concrète repose sur un constat simple : la cave détient, via diverses filiales ou par l’intermédiaire de certains adhérents, des terres viticoles disponibles. Plutôt que de les laisser inexploitées ou de les revendre, elle a choisi de les mettre à disposition de candidats à l’installation. Une quinzaine d’hectares ont déjà été identifiés pour ce dispositif. L’objectif est de permettre à des jeunes, mais aussi à des candidats à la reconversion plus âgés, de démarrer leur activité viticole sans avoir à supporter l’investissement foncier initial, souvent rédhibitoire pour les nouveaux entrants.
Lancée fin janvier, cette initiative s’inscrit dans une logique d’écosystème solidaire. Les bénéficiaires deviennent à terme des adhérents de la coopérative, ce qui assure à celle-ci un renouvellement de ses apports et un maintien de ses volumes vinifiés. C’est une réponse pragmatique à la baisse des effectifs vignerons, accentuée par les arrachages et les départs à la retraite non remplacés. Une démonstration que le modèle coopératif peut, lorsqu’il est porté par une vision dynamique, devenir un véritable levier de transmission et de renouveau pour la filière.