Le prosecco trouble-fête de l’accord de libre-échange Europe-Australie pour les vins ‘

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Les négociations sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie sont entrées dans une phase décisive. Pour la filière vin, l’enjeu est double : ouvrir de nouveaux marchés et clarifier les règles sur les indications géographiques. Mais un point d’achoppement majeur menace toujours la conclusion de l’accord : l’utilisation par les Australiens du nom prosecco.

Une accélération diplomatique stratégique. Alors que les incertitudes commerciales américaines s’accentuent, Bruxelles multiplie les accords avec des partenaires alternatifs. À peine l’accord avec l’Inde finalisé, le commissaire européen au commerce a relancé les négociations avec son homologue australien Don Farrell. Ce dernier se montre optimiste : les progrès récents auraient été plus importants en quelques semaines qu’au cours des 25 années précédentes. La conjoncture géopolitique pousse Canberra à diversifier ses débouchés, particulièrement après les tensions commerciales avec Pékin.

Des gains attendus de part et d’autre. Pour la filière vin européenne, l’accord supprimerait les droits de douane résiduels de 5 % à l’entrée du marché australien. Modeste en apparence, cette suppression réduit mécaniquement l’assiette sur laquelle sont ensuite calculées les taxes intérieures, améliorant la compétitivité des produits européens. À l’inverse, les vins australiens entrant dans l’Union européenne bénéficieraient d’une libéralisation totale : les droits actuels, fonction du degré alcoolique (environ 15 centimes par bouteille entre 13 et 15 %), disparaîtraient. L’Australie se retrouverait ainsi à égalité tarifaire avec le Chili, déjà bénéficiaire d’un accord.

Au-delà des droits de douane, le texte permettrait de moderniser l’accord bilatéral de 2008 sur le vin. Selon Ignacio Sánchez Recarte, secrétaire général du Comité européen des entreprises vins, une telle révision impliquerait l’harmonisation des pratiques œnologiques, le renforcement de la protection des indications géographiques et la simplification des certifications à l’importation.

Le prosecco, pierre d’achoppement. Le principal nœud des négociations concerne la dénomination prosecco. L’État de Victoria, dans le sud-est de l’Australie, a développé une production d’effervescents qui revendique ce nom, désormais évalué à 205 millions de dollars australiens. Pour les producteurs australiens, prosecco serait un nom de cépage générique, à l’image du chardonnay ou du cabernet sauvignon. Pour l’Italie, c’est au contraire une indication géographique protégée, indissociable du Nord-Est italien.

D’autres dénominations européennes posent également problème, notamment feta ou parmesan. La clause de transition encadrant la suppression progressive de ces noms en Australie constitue un sujet politique sensible. Tant qu’un compromis acceptable n’aura pas été trouvé, l’issue de l’accord global restera incertaine.

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