Le sujet qui divise le vignoble : le nom des vignes résistantes Bouquet et leur affiliation aux cépages emblématiques

143

L’inscription des cinq premiers cépages résistants issus des travaux d’Alain Bouquet relance un débat épineux : faut-il permettre aux nouvelles variétés résistantes de porter le nom des cépages emblématiques dont elles sont issues ? La filière française reste profondément divisée.

L’arrêté du 14 février officialise l’inscription au catalogue français de cinq obtentions du chercheur languedocien Alain Bouquet, désignées par leurs noms de code : Bouquet 3159, 3160, 3176, 3179 et 3196. Ces variétés, fruits de plusieurs décennies de recherche, présentent un fort potentiel agronomique et qualitatif tout en offrant une résistance durable au mildiou et à l’oïdium. Elles seront diffusées dans le vignoble méridional dès 2027.

Une bataille de dénominations

Si la planification semble lancée, la question des noms commerciaux divise profondément les acteurs. La fédération InterSud, qui rassemble les interprofessions des vins du Languedoc et du Roussillon, réclamait des appellations comme Bouquet grenache ou Bouquet servadou, en référence aux cépages utilisés dans les croisements. Une approche calquée sur le modèle italien des pépinières VCR, qui commercialisent déjà des variétés sous les noms de Merlot Khorus, Cabernet Volos ou Sauvignon Rytos.

Face à eux, les ampélographes invoquent une rigueur scientifique : ces obtentions restent des hybrides intégrant des gènes non Vitis vinifera, ce qui empêche selon eux de les qualifier de « grenache » au sens strict. L’obtenteur AgriObtentions, filiale commerciale de l’INRAE, s’appuie pour sa part sur le cadre réglementaire, qui interdit l’usage d’un nom de variété préexistante pour une création nouvelle. Les représentants des AOC, par la voix de la CNAOC, redoutent quant à eux une confusion préjudiciable pour la lisibilité de l’offre et la confiance du consommateur.

Un précédent qui fera école

Pour Vincent Béguier, dirigeant d’AgriObtentions, les noms à code sont désormais définitifs et ne pourront plus évoluer. Mais le débat reste vif. Jérôme Despey, président du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer, entend remettre rapidement le sujet sur la table. Le CNIV a constitué un groupe de travail dédié, tandis que la France a officiellement plaidé à l’Office Communautaire des Variétés Végétales pour interdire toute réutilisation du nom d’une variété préexistante dans le cas d’hybridations.

Du côté des Vignerons Indépendants, Jean-Marie Fabre défend au contraire une approche libérale, soulignant le risque de décrochage compétitif par rapport à l’Italie. Une vingtaine à une cinquantaine de nouvelles variétés résistantes à typicité régionale arrivent dans les tuyaux, issues des programmes ResDur, avec des inscriptions visées pour 2030-2031. Comme le résume Anastasia Rocque, directrice du Centre de sélection de la Vigne de l’IFV, le sort réservé aux Bouquet fera inévitablement jurisprudence pour ces futurs chardonnays, pinots noirs et sauvignons « 2.0 ».

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Autres articles autour du vin