Sur le terrain des produits sans ou à faible teneur en alcool, dits « no-low », le vin peine à se faire une place dans l’esprit des consommateurs français. Une enquête de l’Ifop pour FranceAgriMer, dont les résultats ont été présentés le 23 février sur le stand de la Coopération agricole au Salon international de l’agriculture, met en lumière le fossé qui sépare ces vins atypiques de l’imaginaire viticole traditionnel des Français.
Le constat dressé par Nollan Puget, chef d’unité chez FranceAgriMer, est sans appel. Pour les consommateurs, les produits no-low évoquent avant tout la bière. Les grandes marques brassicoles ont en effet pris une longueur d’avance considérable, en lançant des références sans alcool souvent aromatisées avec des saveurs fruitées rafraîchissantes, et en occupant largement les linéaires de la grande distribution. La bière a ainsi su initier le grand public à cet univers, ouvrant la voie à des pratiques de consommation nouvelles.
Un autre enseignement notable de l’enquête concerne la catégorie « low alcool », qui n’existe tout simplement pas comme telle dans l’esprit des consommateurs. Pour ces derniers, les choses se résument à une logique binaire : soit le produit contient de l’alcool, soit il n’en contient pas. La notion intermédiaire reste floue, sans degré précis identifié comme seuil. Un produit sans alcool est perçu comme étant exempt des effets habituels de la boisson alcoolisée, tout en étant adapté aux mêmes moments de consommation que les versions alcoolisées.
Curieusement, le vin lui-même est perçu par les consommateurs comme une boisson modérément alcoolisée, en comparaison des liqueurs et spiritueux. Cette représentation contribue à brouiller davantage l’identification d’une offre vin no-low spécifique. Pour décrire les produits low, Nollan Puget propose une définition : ils conserveraient le goût de l’alcool tout en atténuant ses effets, notamment l’ébriété et la baisse de vigilance au volant.
Le grand défi pour la filière vin tient à un déficit d’image. Les consommateurs perçoivent les vins désalcoolisés comme des produits industriels, standardisés, qu’ils comparent au Champomy ou au rosé pamplemousse. Ces références, ancrées dans l’imaginaire collectif, sont à l’opposé du vin traditionnel associé au terroir, au savoir-faire artisanal et à la convivialité. Pour combler ce fossé, les producteurs devront communiquer largement sur le goût, la nature du produit et le sérieux du processus de désalcoolisation, afin de rassurer un public qui reste, pour l’heure, largement méfiant face à cette nouvelle catégorie en pleine émergence.