Naissance de la « plus grande coopérative viticole du monde » pesant 5 % des vins d’Espagne

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L’Espagne viticole vient de connaître un séisme coopératif d’envergure. Le 2 mars 2026, la fusion entre trois caves de Castille-La Manche (Virgen de las Viñas, Vinicola de Tomelloso et San José) a donné naissance à ce que les autorités régionales n’hésitent pas à qualifier de « plus grande coopérative viticole du monde ». Une réponse stratégique aux turbulences qui secouent l’ensemble du secteur.

Une entité hors normes. La nouvelle structure réunit plus de 3 000 coopérateurs et exploite environ 23 000 hectares de vignes, pour une production annuelle de 300 millions de kilos de raisins. Sur le plan des surfaces cultivées, l’entité reste en retrait du géant italien Caviro (36 200 hectares et 11 500 coopérateurs répartis sur une trentaine de caves), mais dépasse largement ses concurrents en volume de production. Une puissance industrielle considérable qui modifie l’équilibre du secteur ibérique.

Avant même la fusion, Virgen de las Viñas représentait à elle seule 8,4 % de la production viticole de Castille-La Manche, avec 2 à 2,5 millions d’hectolitres annuels, contre 1,5 million pour Caviro. La coopérative pesait également 11,5 % de la production régionale de moût de raisin. À l’échelle nationale, sa part atteignait 5,2 % du total des vins et moûts espagnols.

Une stratégie tournée vers le vrac et l’export. Le profil de production reflète l’identité de la région : vins blancs très majoritaires (80 %), commercialisés principalement en vrac sur les marchés européens. Cette orientation correspond à une demande structurelle des opérateurs continentaux, qui s’approvisionnent en volume pour leurs assemblages et leurs marques de distributeur. La fusion permet de renforcer le pouvoir de négociation face aux acheteurs internationaux et de réaliser des économies d’échelle décisives sur les coûts de vinification, d’embouteillage et de logistique.

Une logique industrielle assumée. Selon le ministre régional de l’Agriculture, Julián Martinez Lizán, le regroupement vise à « négocier de meilleures conditions, optimiser les ressources et dynamiser les échanges commerciaux ». Dans un contexte national marqué par le repli des exportations, Castille-La Manche fait figure d’exception en continuant d’afficher une croissance de ses expéditions. Une dynamique que la nouvelle entité devrait amplifier.

Le ministre a par ailleurs laissé entendre que d’autres rapprochements pourraient intervenir dans les mois à venir. La crise du secteur viticole, marquée par la baisse de consommation et la pression sur les prix, pousse les acteurs traditionnels à repenser leurs structures. Ce modèle géant pourrait inspirer d’autres régions productrices européennes confrontées aux mêmes défis structurels et commerciaux à l’échelle continentale.

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