Passer au vin sans alcool après l’avoir critiqué : « il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis »

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Longtemps réservés à un cercle restreint, les vins désalcoolisés s’installent désormais comme un véritable phénomène dans le paysage viticole français. Le sujet, qui divise encore les professionnels, suscite des débats parfois vifs entre partisans et détracteurs. Pourtant, les positions évoluent et la production gagne du terrain, y compris parmi des acteurs autrefois farouchement opposés à cette pratique.

Rencontré lors du salon Degré Zéro, organisé en marge de Wine Paris à la maison de la Mutualité, Frédéric Chouquet-Stringer, fondateur de la société Zenothèque, spécialisée dans le développement et la distribution de vins désalcoolisés, témoigne de ce basculement. L’événement a réuni plus de 1 100 visiteurs autour de 112 exposants, soit une progression de 7 et 60 % en un an, signe tangible de l’élargissement du marché, même si l’objectif initial de 1 500 visiteurs n’a pas été atteint.

Le combat sémantique reste néanmoins âpre. Pour les défenseurs de la tradition, le terme de vin ne devrait pas s’appliquer à un produit dont l’alcool a été extrait. Les promoteurs de la désalcoolisation rétorquent qu’un vin sans alcool reste élaboré à partir d’un vrai vin. La comparaison avancée est éclairante : un vin sans alcool serait à un vin classique ce qu’un yaourt allégé est à un yaourt entier, et non un substitut comme le yaourt au soja. Personne ne conteste l’appellation de yaourt à un produit allégé en matière grasse.

Au-delà de la sémantique, certaines réactions virent à l’agressivité, notamment sur les réseaux sociaux. Frédéric Chouquet-Stringer relate avoir reçu un message menaçant sur LinkedIn, dont l’auteur évoquait une rencontre violente s’il croisait son destinataire en compagnie de vignerons. Une plainte a été tentée, sans succès, la police ayant refusé de l’enregistrer.

Pour autant, l’ambiance générale évolue. Les progrès des techniques de désalcoolisation améliorent sensiblement les profils aromatiques, et le marché s’ouvre. Des professionnels qui, trois ans plus tôt, dénigraient publiquement ces produits, en proposent aujourd’hui dans leur gamme. Le pragmatisme l’emporte progressivement sur les positions de principe, à mesure que de nouvelles parts de marché s’ouvrent. Les vins désalcoolisés ne concurrencent pas le vin traditionnel : ils explorent des occasions de consommation différentes, complémentaires d’une offre déjà riche.

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