Un rendement Champagne bonifié pour les vendeurs de bouteilles : la proposition de BIC des Vignerons Indépendants

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En quête de marges de manœuvre face à des stocks fragilisés par des rendements limités, les Vignerons Indépendants de Champagne proposent une initiative inédite. Ils demandent au Comité Champagne la mise en place dès la vendange 2026 d’un dispositif baptisé BIC, pour Besoin Individuel Commercial. L’idée consiste à autoriser certains vignerons à récolter au-dessus du rendement annuel, dans les limites définies par le cahier des charges. Une rencontre est prévue le 9 mars au Comité Champagne pour examiner la proposition.

Le mécanisme ne s’adresserait qu’à une catégorie particulière de producteurs : ceux qui commercialisent l’intégralité de leur récolte en bouteilles finies, habillées, étiquetées et prêtes à la vente. Le rendement individuel pourrait alors dépasser le seuil annuel fixé pour la collectivité, sans excéder le plafond butoir de 15 500 kilos par hectare imposé par le cahier des charges champenois. La période expérimentale envisagée s’étendrait sur cinq ans, avec un calcul basé sur les volumes commercialisés l’année précédente.

Christelle Sévillano, présidente des Vignerons Indépendants de Champagne, justifie la démarche par une réalité économique préoccupante. Le seuil de rentabilité moyen des exploitations a sensiblement augmenté ces dernières années et ne se situe plus à 9 500 kilos par hectare. Pour les 75 vignerons indépendants concernés, mais aussi pour les autres vignerons et maisons commercialisant exclusivement leurs propres bouteilles, le manque de stocks devient critique avec un rendement plafonné à 9 000 kilos par hectare. L’achat de raisin, autorisé à hauteur de 15 % en 2025, représente une charge lourde et ne compense pas systématiquement le déficit.

Les promoteurs du BIC se sont inspirés du dispositif équivalent mis en place en 2020 dans l’IGP Pays d’Oc, en Occitanie. Or, cette IGP s’était elle-même inspirée de la Réserve Individuelle champenoise pour bâtir son propre système, dans un échange d’idées qui boucle aujourd’hui la boucle. L’article D645-7 du Code rural permettrait, selon les Vignerons Indépendants, de mettre en place un tel mécanisme, sous réserve de l’accord de l’interprofession.

La proposition ne fait toutefois pas l’unanimité. Maxime Toubart, président du Syndicat Général des Vignerons et co-président du Comité Champagne, défend pour sa part la nécessité de préserver le modèle collectif qui fait selon lui la force de la Champagne. Le débat s’annonce donc serré le 9 mars, entre la défense de la solidarité interprofessionnelle et l’aspiration de certains vignerons à mieux ajuster leur production individuelle aux réalités de leurs marchés respectifs.

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