La filière française veut accélérer la mise en place de la distillation de crise des excédents de rouges et de rosés, mais entend renégocier la rémunération avancée par Bruxelles, jugée déconnectée de la réalité des transactions sur le marché.
Réuni le 11 mars, le conseil spécialisé vin de FranceAgriMer a fait front commun sur la mesure de distillation de crise dotée de 40 millions d’euros, fraîchement validée par Christophe Hansen, commissaire européen à l’Agriculture. Jérôme Despey, qui préside ce conseil, l’a résumé sans détour : tout le monde veut aller vite. L’enjeu est de retirer rapidement du marché les volumes pour lesquels il n’existe plus de débouché, condition d’un rééquilibrage durable des prix.
Un prix unique pour tous les segments
La position défendue par les représentants professionnels consiste à appliquer un tarif identique pour l’ensemble des catégories concernées — AOP, IGP et vins sans indication géographique — sur le périmètre des rouges et des rosés visés par la mesure. La filière espère par ailleurs convaincre la Commission d’élargir l’enveloppe au-delà des 40 millions d’euros initialement dégagés pour 1,2 million d’hectolitres, en mettant en avant la réalité des volumes excédentaires.
Mais c’est surtout sur le niveau de la prime que se cristallise le débat. Bruxelles avance une moyenne de 33 euros par hectolitre, jugée trop basse par les acteurs hexagonaux. Le règlement européen interdit toute surcompensation par rapport aux prix les plus bas constatés sur le marché : il faut donc démontrer, bassin par bassin, que la rémunération proposée reste compatible avec cette règle tout en reflétant fidèlement les transactions actuelles.
Un travail bassin par bassin
Jérôme Despey insiste sur l’importance d’objectiver les calculs pour défendre une revalorisation auprès de la Commission. « 33 euros par hectolitre ne représente pas la réalité des transactions », souligne-t-il, plaidant pour une mesure nationale qui consolide les données des différents vignobles producteurs. Pour mémoire, les précédentes campagnes de distillation avaient été nettement mieux rémunérées : 58 euros par hectolitre pour les vins de France et 78 euros pour les AOP-IGP lors de la crise Covid en 2020, puis 45, 65 et 75 euros respectivement pour les VSIG, IGP et AOP entre 2023 et 2024 dans le cadre des aides liées à la guerre en Ukraine. Difficile dès lors d’accepter un retour à 33 euros, alors même que la crise de débouchés perdure.