Inquiète d’un emballement opportuniste des prix des bouteilles de verre lié au conflit en Iran, la profession viticole appelle ses fournisseurs à la transparence. Les Vignerons Indépendants de France entendent bien empêcher toute hausse non justifiée.
L’alerte vient de Jean-Marie Fabre, président des Vignerons Indépendants de France. Selon lui, plusieurs commerciaux des grands groupes verriers font actuellement le tour des domaines pour les inciter à surcommander et à stocker des bouteilles avant ce qu’ils présentent comme une inévitable augmentation tarifaire. La raison invoquée ? La flambée des coûts de l’énergie liée aux tensions au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz.
Une vigilance acquise par l’expérience
« La géopolitique ne doit pas devenir un distributeur automatique », tonne Jean-Marie Fabre. Le vigneron de Fitou, dans l’Aude, refuse de voir les éventuelles hausses justifiées par l’évolution future du prix du gaz se répercuter sur des stocks déjà produits et entreposés depuis des mois. Il rappelle d’ailleurs un paradoxe : à peine quelques semaines plus tôt, les industriels du verre se plaignaient eux-mêmes de surstocks et de surproduction. Difficile dès lors d’admettre qu’un revirement brutal soit justifié.
Le souvenir de 2022 est encore vif. Après l’invasion russe de l’Ukraine, les prix des bouteilles en verre avaient fortement augmenté, avec un calendrier et des proportions étrangement synchrones entre les principaux verriers européens. Une coïncidence qui avait conduit l’Autorité de la Concurrence à ouvrir une enquête pour soupçon d’entente. « On a payé la chambre en étant cocu la dernière fois », résume Jean-Marie Fabre, déterminé à ne pas reproduire ce scénario.
Une démarche politique offensive
Le président des Vignerons Indépendants a rencontré le 10 mars Serge Papin, ministre des PME et du Commerce, pour alerter les pouvoirs publics sur ce risque et demander leur vigilance. Le message adressé aux verriers est explicite : « on vous regarde et on vous surveille ». Il faut, selon lui, « tirer avant que le canard ne décolle », car l’expérience de 2022 a montré qu’il avait suffi de 24 heures pour qu’une hausse coordonnée se propage à l’ensemble des opérateurs.
Cette mise en garde intervient alors que les PME viticoles évoluent dans un contexte économique tendu, avec des marges souvent rabotées et une crise de débouchés persistante. Pour Jean-Marie Fabre, la solidarité économique entre fournisseurs et viticulteurs ne peut pas fonctionner à sens unique au seul bénéfice des actionnaires des grands groupes industriels. Une crise géopolitique réelle mérite des ajustements documentés, pas un prétexte commode pour reconstituer des marges sur le dos des producteurs.