Face à la crise viticole qui secoue Bordeaux, un nouveau dispositif inédit vient d’être officialisé pour accompagner la mutation du vignoble girondin. Après les plans successifs de distillation et d’arrachage, la création d’une « foncière » spécifiquement dédiée à la viticulture marque une étape supplémentaire dans la sortie de crise. Une mobilisation collective qui rassemble depuis octobre dernier l’ensemble des acteurs concernés : filière, monde agricole, État, collectivités, chambres consulaires et banques.
Le concept de foncière agricole n’est pas une invention bordelaise, mais son application à la viticulture représente une première à cette échelle. L’outil financier disposera d’un montage hybride, alimenté à 70 % par des fonds privés et à 30 % par des fonds publics. Cette structure va injecter plusieurs millions d’euros dans le rachat de terres ou de stocks chez les viticulteurs les plus durement frappés par la crise.
Le premier objectif consiste à soulager les exploitations qui ne parviennent plus à équilibrer leur compte d’exploitation. En rachetant les parcelles ou les stocks accumulés, la foncière permet aux vignerons en grande difficulté de générer une trésorerie immédiate, d’apurer leurs dettes et d’envisager soit une cessation d’activité dans des conditions dignes, soit une reconversion vers une activité agricole alternative.
Dans un second temps, la foncière jouera un rôle de remembrement. Les terres viticoles arrachées, devenues orphelines de leurs vignes, peuvent en effet se révéler difficiles à valoriser individuellement. Regroupées, réorganisées en îlots cohérents, elles offrent en revanche des opportunités intéressantes pour des projets agricoles diversifiés : maraîchage, arboriculture, élevage, grandes cultures, voire reboisement.
Cette réorientation s’inscrit dans une vision à long terme pour le territoire girondin. Au-delà du strict accompagnement de la crise, il s’agit de redessiner le paysage agricole d’une région trop dépendante de la monoculture viticole. La diversification renforcera la résilience économique du territoire et limitera l’impact des prochaines crises, qu’elles soient climatiques, sanitaires ou commerciales.
Le contexte est en effet préoccupant. Le vignoble bordelais, premier de France par sa superficie, subit depuis plusieurs années une succession de chocs : baisse de la consommation intérieure, recul à l’export, pression climatique, hausse des coûts de production, mévente des appellations génériques. Le plan d’arrachage définitif en cours doit aboutir à la disparition de plusieurs milliers d’hectares supplémentaires, laissant ouvertes les questions de l’avenir foncier et agricole de ces parcelles.
Avec cette foncière, l’écosystème girondin tente d’apporter une réponse structurelle, complémentaire des dispositifs d’urgence déjà déployés. Une démarche ambitieuse, qui mise sur la mutualisation, l’anticipation et la coopération entre acteurs publics et privés pour éviter un effondrement non maîtrisé du tissu rural bordelais.
