Le Roussillon perd une figure syndicale : Jean Roger

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Le vignoble du Roussillon vient de perdre l’une de ses figures syndicales les plus respectées. Jean Roger, ancien président du syndicat des Vignerons des Pyrénées-Orientales, s’est éteint au début du mois de février à l’âge de 77 ans. Cette disparition prive la profession d’une voix engagée, défenseur infatigable d’une viticulture catalane confrontée depuis des années à de profondes mutations.

Vigneron indépendant aux côtés de son épouse, Jean Roger avait conduit son exploitation familiale sur les terres de Trouillas, au cœur des Aspres. C’est sur ce territoire qu’il avait progressivement bâti une carrière marquée par l’engagement collectif. Élu à la tête de la cave coopérative de Trouillas, il devint une figure incontournable du paysage coopératif roussillonnais, attaché à défendre un modèle solidaire dans un secteur souvent mis à rude épreuve par les crises successives.

Pendant une dizaine d’années, il a également présidé le syndicat des vignerons des Pyrénées-Orientales et siégé à la chambre d’agriculture du département. À ces responsabilités, il apportait un sens aigu du dialogue, une connaissance fine du terrain et une capacité reconnue à porter les revendications des viticulteurs catalans auprès des pouvoirs publics et des instances professionnelles.

La fédération des Vignerons indépendants du Roussillon a salué la mémoire d’« un homme de lutte, qui n’hésitait pas à payer de sa personne pour faire entendre la voix de la profession ». Plusieurs voix soulignent également sa vision élargie, dépassant les frontières du seul département pour embrasser les enjeux globaux du vignoble du grand Sud. Le Roussillon, terre de carignan, de grenache et de muscat, a en effet besoin de telles personnalités capables de fédérer.

Avant de revenir aux vignes familiales, Jean Roger avait servi pendant quinze années dans l’armée française. Cette expérience militaire avait forgé son sens de l’organisation, de la discipline et de la solidarité, des qualités qui transparaissaient dans son action syndicale. Pour ceux qui l’ont côtoyé, il incarnait une certaine idée de l’engagement, à la fois exigeant et désintéressé.

Alors que le vignoble roussillonnais traverse une période particulièrement difficile, marquée par la sécheresse, l’arrachage massif et l’érosion des prix, le départ de Jean Roger laisse un vide dans la mobilisation collective. Il restera dans les mémoires comme un défenseur acharné d’une viticulture catalane vivante, fière de ses racines et solidaire face aux défis.

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