Faire évoluer l’éducation au vin : un voeu pieux

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Comment redonner aux jeunes générations le goût du vin ? La question revient régulièrement dans les colloques et tables rondes professionnelles. Lors du salon Wine Paris, une discussion en anglais a tenté d’esquisser quelques pistes, sans toujours réussir à aller au-delà des vœux pieux.

Une offre de formation qui peine à se renouveler. Pascaline Lepeltier, Meilleur Ouvrier de France et finaliste du concours du Meilleur sommelier du Monde 2023, à la tête des 2 000 références du restaurant Chambers à New York, le constate : « Quand j’ai voulu me former il y a une vingtaine d’années, il n’y avait que la mention complémentaire sommellerie. » Aujourd’hui, l’infrastructure internationale reste dominée par trois piliers historiques : la formation WSET (Wine and Spirit Education Trust), le Master of Wine et le Master Sommelier. Tous trois remontent au modèle pédagogique d’après-guerre et peinent à intégrer les attentes nouvelles des futurs apprenants.

Décomposer pour comprendre, ou apprendre à ressentir ? Chris Martin, directeur des programmes de la Wine Scholar Guild, pointe les limites de la pédagogie classique : « En cours, on fait analyser les vins, on les découpe en morceaux. C’est très différent des conditions de consommation. » Sa proposition ? « Qu’on en finisse avec la grille analytique ». Une volonté de remettre l’expérience du dégustateur au centre, plutôt que la décomposition technique du produit. Encore faut-il trouver un moyen alternatif de structurer l’apprentissage, car comprendre sans analyser reste un défi pédagogique.

L’éducation au goût comme priorité. Pour Pascaline Lepeltier, la véritable rupture doit intervenir bien avant l’âge légal de la consommation. Elle évoque l’œuvre de Jacques Puisais, fondateur dès 1974 des « classes du goût » dans les écoles primaires françaises : « On ne prend pas assez en compte l’éducation au goût. Pourtant c’est aussi une question de santé publique. Le vin est l’un des produits les plus complexes de l’agriculture, comparable à une symphonie. Il y a aussi un lien au lieu, à l’histoire, à la géographie. »

Des limites assumées. La discussion n’a pas pu aborder tous les sujets pertinents : l’explosion mondiale du vignoble, la diversification des boissons à étudier, la légitimité de prétendre à une maîtrise globale. Interrogé sur sa propre démarche, l’écrivain britannique John Livingstone-Learmonth, autorité reconnue sur la vallée du Rhône, résume sa philosophie : « Quand j’avais 25 ans, je n’ai pas choisi de préparer le Master of Wine, j’ai écrit un livre. » Une réponse qui en dit long sur les limites du formatage académique face à l’expérience vécue.

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