« L’Inde ne va pas absorber les vins invendables dans leurs pays d’origine »

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Avec l’accord de libre-échange signé entre l’Inde et l’Union européenne, le marché indien du vin s’ouvre enfin aux exportateurs européens. Sonal C Holland, première Master of Wine indienne, livre sa vision d’un marché prometteur, mais qui exigera patience et investissement.

Annoncé après deux décennies de négociations, l’accord de libre-échange entre l’Inde et l’Union européenne prévoit une baisse progressive sur sept ans des droits de douane sur les vins. Ces droits, jusqu’ici prohibitifs à 150 %, descendront à 20 % pour les vins premium (au-delà de 10 euros la bouteille) et 30 % pour les cœurs de gamme (entre 2,5 et 10 euros). Une avancée significative, même si la bière bénéficie pour sa part d’une réduction immédiate de 50 %.

Un éveil progressif des consommateurs

L’Inde compte aujourd’hui entre 1 et 1,2 milliard de consommateurs d’alcool, mais seuls 10 à 15 millions consomment régulièrement du vin, soit à peine 1 % de la population de buveurs. La catégorie vin ne représente que 2 % des volumes d’alcool consommés, loin derrière les spiritueux (50 %) et la bière (48 %). Pour Sonal C Holland, point besoin d’imaginer que le vin atteigne 50 % du marché : un passage à 5 % constituerait déjà un bouleversement. Les grandes métropoles — Mumbai, Delhi, Bangalore — concentrent l’essentiel de la consommation, et c’est sur ces zones qu’il convient de se concentrer.

Ne pas voir l’Inde comme un dépotoir

L’experte met toutefois en garde contre une tentation : « L’Inde ne va pas absorber les vins invendables dans leurs pays d’origine. » Pour s’implanter durablement, les producteurs doivent proposer des cuvées au bon rapport qualité-prix et adopter une vision de long terme. Le pays compte actuellement une centaine d’importateurs, essentiellement des entreprises familiales, mais ce paysage évoluera rapidement dans les cinq prochaines années avec l’arrivée de nouveaux acteurs.

Le temps presse

Sonal C Holland encourage les producteurs à se rendre sur place, à rencontrer importateurs, distributeurs et restaurateurs, sans s’arrêter aux clichés d’il y a dix ans. La concrétisation effective de l’accord prendra 18 à 24 mois, mais d’autres pays négocient déjà leurs propres accords avec l’Australie et les États-Unis : la concurrence promet d’être féroce. La France dispose toutefois d’un atout naturel : la mystique entourant ses vins reste puissante, même en entrée de gamme. Avec 700 millions de jeunes et 25 millions de nouveaux consommateurs majeurs chaque année, l’Inde reste un marché à fort potentiel — à condition d’y investir dans l’éducation et le marketing dès maintenant.

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