BFM | Le bio fait-il toujours recette dans les exploitations viticoles ?

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La filière viticole française se distingue par un poids économique majeur dans l’agriculture nationale. Avec 750 000 hectares de vignes répartis sur quatre-vingt-dix départements, elle génère un chiffre d’affaires de 92 milliards d’euros, soit 1,4 % du produit intérieur brut. Le secteur contribue à hauteur de 6,4 milliards d’euros aux recettes fiscales et se hisse comme premier secteur agricole français en valeur. À l’export, la France conserve son rang de leader mondial du vin avec 11,3 milliards d’euros, les vins et spiritueux occupant la troisième place des excédents commerciaux derrière l’aéronautique et la cosmétique.

Dans ce paysage, la viticulture biologique a connu une décennie de croissance spectaculaire entre 2010 et 2020. Avec 21 % de surfaces certifiées en bio, soit environ 160 000 hectares sur les 750 000 du vignoble français, et 12 000 exploitations engagées sur les 59 000 que compte la filière, la vigne se positionne comme l’avant-garde de la conversion biologique agricole. Les terres méridionales concentrent l’essentiel des surfaces certifiées : l’Occitanie atteint 30 % de son vignoble en bio, la Gironde devient le premier département certifié avec environ un quart de son aire, et le Val de Loire affiche également 30 %. Le Beaujolais et l’Alsace comptent aussi de nombreux vignerons engagés.

Pourtant, depuis quelques années, la dynamique s’essouffle, voire s’inverse. Les surfaces en cours de conversion, qui s’établissent à 22 702 hectares, ont reculé de 43 % en 2024 par rapport à 2023, année où elles avaient déjà chuté de 34 %. La superficie totale engagée vers le bio a ainsi diminué de 4 % en 2024, traduisant un coup d’arrêt préoccupant pour la filière.

Deux raisons principales expliquent ce ralentissement. La première est climatique : entre 2021 et 2024, les conditions météorologiques ont parfois été catastrophiques, notamment dans le Sud-Ouest, le Languedoc et la Bourgogne, où les gelées de printemps ont durement frappé les jeunes pousses. Les aléas climatiques augmentent la prise de risque économique, laissant peu de marge d’erreur pour un domaine bio. La seconde est économique : produire en bio alourdit les coûts, à un moment où le marché du vin traverse une crise structurelle.

Face à ces tensions, la filière s’interroge sur les leviers à actionner pour relancer la conversion, conjuguer exigences environnementales et viabilité économique, et préserver l’avantage compétitif acquis sur les marchés internationaux par les vins issus de l’agriculture biologique.

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