Les droits des femmes et les devoirs de la filière vin : oser parler des violences sexistes et sexuelles, leur ouvrir les instances…

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À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, la filière vin française se trouve confrontée à un constat préoccupant : les violences sexistes et sexuelles demeurent profondément enracinées dans le milieu viticole. C’est ce que rappelle Isabelle Perraud, vigneronne et porte-parole de l’association Paye Ton Pinard, dans un entretien qui souligne autant les avancées que les angles morts persistants.

Un plan ministériel à double tranchant. Le gouvernement vient de lancer un programme destiné à mieux soutenir l’engagement des femmes dans le secteur agricole. Pour Isabelle Perraud, cette annonce déclenche un soupir de soulagement teinté d’amertume : « enfin », dit-elle. Car la présence des femmes dans la vigne n’a rien de nouveau. Elles ont toujours travaillé les parcelles, dirigé des exploitations et transmis les savoir-faire, souvent sans visibilité ni statut clairement défini.

La vague massive de départs à la retraite attendue d’ici 2030 force aujourd’hui les pouvoirs publics à reconnaître ce vivier longtemps ignoré. Mais le plan présenté, malgré ses 30 pages d’axes pertinents, présente selon la porte-parole une lacune majeure : il ne nomme jamais explicitement les violences sexistes et sexuelles. Or, soutient-elle, ne pas désigner un phénomène revient à le maintenir dans l’ombre et à différer son traitement.

L’enjeu des quotas dans les instances. Pour la vigneronne, la sécurisation effective des femmes dans la filière passe par une représentation accrue dans les organes de gouvernance. Les chambres d’agriculture, les interprofessions, les syndicats viticoles demeurent largement composés d’hommes, ce qui limite la prise en compte de réalités vécues exclusivement par les femmes. L’instauration de quotas apparaît dès lors comme un outil concret : il garantit la présence physique, condition préalable pour que les voix puissent peser dans les décisions.

La parole se libère, lentement. Si la situation sur le terrain n’évolue pas spectaculairement, un changement est néanmoins palpable : les femmes parlent davantage. Elles se retrouvent, partagent leurs expériences, s’organisent collectivement. Cette dynamique transforme progressivement les rapports de force. Paye Ton Pinard continue de recueillir de nombreux témoignages, démontrant l’ampleur d’un phénomène longtemps minimisé.

La filière vin, secteur emblématique de la gastronomie française, ne pourra ignorer durablement ce mouvement de fond. Reconnaître les violences, ouvrir les instances, soutenir la parole : telles sont les trois priorités identifiées par les militantes pour passer du discours aux actes concrets, et faire enfin du monde du vin un environnement professionnel sûr pour toutes.

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