Quiconque suit régulièrement la presse internationale n’a pu manquer la tendance : le ton adopté par les médias à l’égard des boissons alcoolisées, et particulièrement du vin, se fait de plus en plus critique. Une enquête menée par la journaliste lifestyle Felicity Carter sur les articles publiés par le New York Times apporte un éclairage inédit sur les raisons de cette évolution. Et elles ne tiennent pas, contrairement à ce que l’on pourrait croire, à un soudain virage sanitaire.
Selon Felicity Carter, le facteur déterminant est avant tout le modèle économique des grands titres de presse. Les rédactions en ligne pilotent leurs contenus en fonction des données d’audience : quels articles sont les plus cliqués, les plus partagés, les plus commentés sur les réseaux sociaux ? Or les sujets liés à la santé performent particulièrement bien, surtout lorsqu’ils mettent en avant des risques ou des dangers. Un titre du type « Ceci peut raccourcir votre vie » génère mécaniquement de l’engagement.
L’alcool s’inscrit parfaitement dans cette logique éditoriale. Les thématiques de santé, de mode de vie et d’espérance de vie touchent un large public et garantissent une audience élevée. Il en résulte une multiplication d’articles soulignant les risques de la consommation d’alcool, non pas par hostilité idéologique au vin, mais parce que ces sujets suscitent un fort engagement numérique. Le résultat est une saturation médiatique qui peut donner l’impression d’une campagne organisée contre la boisson.
Cela ne signifie nullement que les études sur les effets de la consommation d’alcool sont à balayer. Les dangers d’une consommation excessive sont bien établis et méritent toute l’attention requise. Mais le débat public manque souvent de nuances. L’alcool est fréquemment traité comme un bloc indistinct, sans différenciation entre l’abus et une consommation modérée à l’occasion d’un repas ou d’un moment de convivialité.
L’analyse de Felicity Carter souligne combien les médias modernes orientent leur production éditoriale sur les contenus qui captent l’attention. Articles sur la santé, sur les risques, sur l’espérance de vie : ces sujets cumulent les clics et les partages. Cela influence non seulement le ton employé, mais aussi la fréquence à laquelle ces thèmes reviennent dans l’actualité. Plus qu’un agenda idéologique, c’est donc une logique économique numérique qui structure la couverture médiatique du vin et de l’alcool.
D’où l’importance, plus que jamais, de cultiver la nuance dans le débat. La différence est nette entre une consommation excessive et le plaisir mesuré d’un verre de vin partagé à table. Apprécier sans excès reste une approche raisonnable et durable.