Le Mercosur n’irrite pas toute l’agriculture européenne : les vins et spiritueux demandeurs

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L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur cristallise les passions au sein du monde agricole européen. Si l’écrasante majorité des organisations syndicales agricoles dénonce le texte comme une menace pour la souveraineté alimentaire et les producteurs européens, certains secteurs y voient pourtant une opportunité de développement. C’est notamment le cas de la filière des vins et spiritueux, qui peine à dissimuler sa satisfaction de voir s’ouvrir de nouveaux marchés à l’export.

Le jeudi 27 février, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé l’application provisoire de l’accord sans attendre la fin des procédures judiciaires engagées par le Parlement européen. L’Uruguay et l’Argentine sont devenus les premiers pays à ratifier le texte, et le Brésil ainsi que le Paraguay devraient suivre à leur tour. Dès janvier, le Conseil européen avait habilité la Commission à appliquer l’accord à titre provisoire dès la première ratification par un pays du Mercosur.

L’annonce a immédiatement provoqué un rejet massif des syndicats agricoles. La FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ont dénoncé une trahison inacceptable, qualifiée d’insulte à leur combat, à la souveraineté alimentaire et à l’Europe forte et souveraine que défendent les organisations. La Confédération paysanne, plus radicale dans son opposition, accuse la Commission européenne de piétiner à la fois l’agriculture et la démocratie européennes, en mettant les producteurs en concurrence avec des modèles agricoles aux normes très différentes.

Au cœur des critiques, deux préoccupations majeures se croisent. La première concerne la distorsion de concurrence entre des produits européens soumis à des normes environnementales et sanitaires strictes, et des importations issues de pays où les standards sont sensiblement plus permissifs. La seconde porte sur la fragilité économique de filières déjà tendues, notamment l’élevage bovin, la volaille et le sucre, qui craignent une nouvelle baisse des prix.

Dans ce concert de protestations, le secteur des vins et spiritueux fait figure d’exception. La perspective d’une réduction significative des droits de douane vers les marchés sud-américains est en effet perçue comme un levier précieux pour développer les exportations européennes. La France, premier exportateur mondial, pourrait notamment renforcer sa présence au Brésil, premier marché d’Amérique latine, où la consommation de vin progresse. Les responsables professionnels mesurent toutefois la nécessité de communiquer prudemment sur ces avantages, dans un climat où la cohésion agricole européenne reste mise à rude épreuve par les contradictions sectorielles révélées par cet accord.

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