Les vignes se réveillent en avance de 2 à 3 semaines dans le Midi, alimentant précocement les craintes de gel

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Le millésime 2026 démarre avec une inquiétante précocité dans le Midi. La vague de chaleur de la fin février et du début mars a déclenché un débourrement anticipé de la vigne, avec deux à trois semaines d’avance sur le calendrier habituel. Une avance qui ranime aussitôt la crainte d’un gel printanier dévastateur.

Une avance spectaculaire dans le Sud. À Fitou et dans l’arrière-pays audois, les bourgeons sont déjà dans le coton, et certains muscats affichent deux à trois feuilles étalées. Jean-Marie Fabre, vigneron audois et président des Vignerons Indépendants de France, alerte sur le risque encouru : « On a aujourd’hui une telle avance que malheureusement on peut craindre un gel dévastateur. Il faut passer d’une politique d’indemnisation à une politique de prévention contre les aléas. » Il défend un programme d’investissement de 4 milliards d’euros pour sécuriser physiquement 400 000 hectares de vignoble français contre les caprices climatiques.

Des sols saturés mais des nuits trop douces. Henri Cases, qui dirige le domaine Saint-Martin à Leuc (Aude) avec 150 hectares en IGP Pays d’Oc, résume le paradoxe : « Ces dernières années on n’avait pas assez d’eau, maintenant on en a trop. Le problème, c’est qu’il n’a pas fait assez froid cette année, la température des sols n’a pas baissé. » Ses parcelles taillées dès le 20 novembre (chenanson, malbec, merlot) débourrent maintenant. Le vigneron redoute une gelée fin mars ou début avril qui s’ajouterait à la litanie des aléas récents : grêle, canicule, sécheresse.

Dans l’Hérault, l’inquiétude est partagée. Jérôme Despey, viticulteur du Pic Saint-Loup et président de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault, observe des pieds de chardonnay déjà au-delà du stade bourgeon éclos, avec là encore 15 jours à 3 semaines d’avance.

Une dynamique générale dans le Languedoc-Roussillon. Gabriel Ruetsch, responsable du service agronomie de l’union coopérative des Vignobles Foncalieu (5 000 hectares sur l’Aude et l’Hérault), confirme le diagnostic. Les chardonnays et grenaches gris suivis dans le réseau affichent deux semaines d’avance. La pluviométrie hivernale, bien que bénéfique pour les réserves en eau, ne protège que du gel radiatif (causé par le refroidissement nocturne local), pas du gel advectif (provoqué par l’arrivée d’une masse d’air froid).

Roussillon : jusqu’à trois semaines d’avance. Dans les secteurs précoces des Pyrénées-Orientales, l’avance atteint trois semaines selon Olivier Barberousse, conseiller à la Chambre d’Agriculture. Les zones plus tardives s’apprêtent à débourrer à leur tour. Pour mémoire, le débourrement moyen dans le réseau de suivi tombait au 30 mars en 2025. Cette année, la fenêtre est avancée à mi-mars sur de nombreuses parcelles, ce qui place les vignobles méridionaux dans une période particulièrement vulnérable aux dernières offensives hivernales.

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