« Il y a toujours du bordeaux bashing », mais les vignerons contre-attaquent

70

À Wine Paris, les vignerons bordelais ont déployé une stratégie offensive pour reconquérir la curiosité des acheteurs : rapport qualité-prix musclé, étiquettes décomplexées et regroupements collectifs ont marqué une édition placée sous le signe du rebond.

Le bashing autour des vins bordelais reste palpable dans les allées du salon, mais une partie des producteurs n’attend plus passivement que la mode tourne. Antoine da Fre, qui a repris il y a deux ans l’exploitation familiale dans l’Entre-deux-Mers, se souvient d’une époque où la simple silhouette d’une bouteille bordelaise faisait fuir les visiteurs. Cette année, en s’appuyant sur la dynamique des vignobles voisins et grâce à ses cuvées Vieux Georget « Les Originels » sans sulfites ajoutés (12 à 15 euros) ainsi qu’un assemblage non millésimé à base de 2022, 2023 et 2024 affiché entre 5 et 7 euros, il a vu de vrais prospects s’arrêter sur son stand. Le filtre « bio » et « Bordeaux » sur le site de l’événement a généré du trafic. Mais le revers reste réel : un tonneau de bordeaux bio se négocie autour de 900 euros aujourd’hui contre 1 500 euros il y a cinq ans, ce qui pousse les producteurs vers l’export.

Mutualiser pour exister

Guillaume Guérin, du château de Rioucreux en Côtes de Bourg, illustre une autre tendance forte de cette édition : la mutualisation. Sous la bannière « Bordeaux Crafters », il expose aux côtés de trois autres domaines, présentant six appellations au positionnement qualitatif accessible. Rendez-vous anticipés avec les États-Unis et le Canada, recherche d’agents pour l’Hexagone : l’objectif est clair. Au château Beynat à Castillon, Alain Tourenne a fait sourire les visiteurs avec son étiquette assumant « désolé c’est un Bordeaux » et son flacon d’un litre baptisé « Litron », symboles d’une décomplexion qui fait mouche.

Originalité et stratégies de distribution

Au château La Tuillière, également en Côtes de Bourg, Claire Dorland-Clauzel mise sur l’inattendu : un blanc de noirs adoré par le monopole québécois, un crémant rosé en sous-offre sur le marché et un claret pour reconquérir les acheteurs étrangers. Si l’assemblage demeure pour elle la force historique du vignoble, elle reconnaît que les monocépages intriguent davantage les néophytes et constituent une porte d’entrée pédagogique vers les vins d’assemblage.

Sur le stand Bordeaux Canon(s), Morgan Larroche regroupe quatre appellations avec une logistique simplifiée : stockage centralisé au château Le Grand Verdus, facturation unique et distribution via Les Grappes. Les vins en dessous de 15 euros se vendent le mieux, et les cavistes restent plus fidèles que la restauration. Sa conviction : il n’y a aucune raison structurelle que Bordeaux ne séduise plus à Paris.

· · · · · · · · ·

Autres articles autour du vin