Arracher et distiller ‘ Une autre sortie de crise viticole est possible pour ces 3 sénateurs : « on en revient sans cesse aux mêmes processus et la crise n’est toujours pas résolue »

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Au cœur du Salon de l’Agriculture, le Sénat a organisé fin février un débat dédié aux crises agricoles, dans lequel la viticulture française occupait une place de premier plan. Trois sénateurs — Henri Cabanel, Daniel Laurent et Sébastien Pla — y défendaient avec force un plan transpartisan en vingt-trois mesures, élaboré à l’automne précédent dans le cadre d’un rapport sénatorial consacré à la filière vin.

Le constat unanime du Sénat est sévère : la crise actuelle ne saurait être résolue par le seul levier de l’arrachage définitif, même soutenu par les 130 millions d’euros annoncés par le gouvernement. La sénatrice Dominique Estrosi Sassone résume bien la position : « une crise si aiguë nécessite effectivement que des moyens significatifs soient débloqués. Mais l’arrachage ne peut pas être la seule réponse, car il a des conséquences durables sur notre potentiel productif ».

Face à eux, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, défend le bilan gouvernemental. Au-delà de l’arrachage, elle met en avant 10 millions d’euros d’allègements de charges sociales et une refonte des prêts structurels visant à étaler la dette bancaire des exploitations. « Les engagements pris sont tenus, les outils sont opérationnels », martèle-t-elle, appelant à éviter les « discours déclinistes » qui pourraient décourager les jeunes installations.

Le sénateur Henri Cabanel, lui-même viticulteur dans l’Hérault, va plus loin et pointe la répétition des mêmes recettes : « on en revient sans cesse aux mêmes processus et la crise n’est toujours pas résolue ». Pour rompre ce cycle d’arrachage et de distillation, il appelle à la tenue d’Assises de la viticulture, première mesure phare de leur plan d’urgence. Il y voit le moyen de remettre à plat l’ensemble du modèle viticole français.

Les trois sénateurs interpellent également la ministre sur un constat troublant : « il existe deux discours, celui des responsables professionnels et celui des viticulteurs. Force est de constater qu’ils ne tiennent pas du tout le même langage. » Cette dissonance, soulignent-ils, alimente le sentiment d’abandon ressenti sur le terrain.

Le débat illustre la difficulté structurelle de la filière : surproduction face à une consommation en baisse, charges en hausse, concurrence internationale, changement climatique, transmission des exploitations… autant de dossiers qu’aucun plan ponctuel ne suffira à régler. Les vingt-trois mesures proposées par le Sénat couvrent notamment l’export, la fiscalité, la santé du végétal, la simplification administrative et le renouvellement générationnel.

Pour les viticulteurs, la balle est désormais dans le camp du gouvernement. La crédibilité de l’action publique se jouera dans la capacité à dépasser les mesures conjoncturelles pour engager une véritable refondation structurelle de la viticulture française.

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