"La justice n’est pas apte à donner une solution acceptable", 50 ans après la guerre du vin, le dossier des deux morts de Montredon-des-Corbières n'est toujours pas élucidé

104

Cinquante ans après les événements tragiques de Montredon-des-Corbières, le souvenir reste douloureux dans le Languedoc viticole. Le 8 mars 2026 marquera une étape symbolique : pour la première fois, vignerons et représentants des forces de l’ordre se retrouveront autour d’une cérémonie commune pour honorer ensemble la mémoire des deux victimes de cette fusillade qui avait endeuillé la profession.

Retour sur un drame fondateur. Le 4 mars 1976, en pleine crise agricole, une manifestation de viticulteurs audois dégénère aux abords de Narbonne. Joël Le Goff, commandant des CRS, et Émile Pouytès, vigneron, perdent la vie lors d’échanges de tirs. Une trentaine de personnes sont également blessées. Cinq décennies plus tard, le dossier judiciaire demeure ouvert : les responsabilités exactes n’ont jamais été clairement établies, et l’identité du tireur fatal sur le commandant Le Goff demeure inconnue.

Le contexte d’une colère ancienne. L’historien Jean-Philippe Martin, auteur d’un ouvrage récent intitulé La Guerre du Vin, rappelle l’enchaînement des tensions accumulées. Pendant six années consécutives, les vignerons languedociens ont vu leurs revenus s’effondrer face à la concurrence des importations européennes. Ils avaient le sentiment d’être ignorés, voire méprisés, par Paris et par Bruxelles. À cette détresse économique s’ajoutait l’inquiétude de voir leur profession progressivement supplantée par une économie touristique alors considérée comme étrangère à l’identité régionale.

Jean Huillet, figure syndicale de l’époque dans l’Hérault, évoque « un silence assourdissant de l’État » et un traitement par le mépris dont les conséquences se sont matérialisées sur le terrain. Le syndicaliste, sans s’avancer formellement, n’a jamais totalement écarté l’hypothèse d’une balle tirée sur commande, scénario qui n’a toutefois jamais été corroboré par les éléments du dossier.

Les zones d’ombre judiciaires. Claude Grellier, magistrat nommé à Carcassonne onze mois après les événements, a passé au crible le dossier d’enquête. Il pointe la responsabilité politique de l’époque, le ministère de l’Intérieur ayant alors exigé un rétablissement de l’ordre « violent et rapide ». Pour lui, le constat est amer : la justice ne peut apporter une réponse pleinement satisfaisante quand une partie de la population se sent durablement humiliée par les institutions.

L’hommage conjoint prévu ce dimanche revêt donc une portée symbolique considérable. Il marque une volonté d’apaisement et tourne, peut-être, l’un des chapitres les plus douloureux de l’histoire viticole française récente. Sans pour autant refermer toutes les blessures laissées par ce drame demeuré sans coupables.

· · · ·

Autres articles autour du vin