Dans le Sud-Ouest, deux structures coopératives viticoles ont scellé une union qui marque l’histoire de leur territoire. Le 26 février, lors d’une assemblée générale extraordinaire, la cave des Marmandais et celle de La Girondaise ont officiellement entériné leur fusion. Une étape majeure pour les vignerons des deux structures, qui voient ainsi s’esquisser un nouvel horizon collectif au cœur d’une crise viticole prolongée.
« Je reste convaincu que le vin a un avenir », a déclaré Sébastien Laffargue, président de la coopérative des Marmandais, à l’ouverture des débats. Pour ce vigneron de Marcellus, le rapprochement représente moins une fin qu’un commencement. Concrètement, la cave des Marmandais absorbe La Girondaise, dans une logique d’addition des forces économiques et techniques.
Le contexte impose en effet de réagir collectivement. Les deux coopératives évoluent dans un environnement marqué par une cinquième récolte déficitaire consécutive, conséquence du dérèglement climatique, des aléas sanitaires et de la conjoncture économique. Les volumes baissent, les coûts augmentent, et les marges des producteurs s’érodent. Dans ce contexte, conserver deux outils distincts à proximité immédiate l’un de l’autre devenait économiquement difficile à justifier.
L’opération s’inscrit dans une dynamique de concentration coopérative que connaissent de nombreux vignobles français. Les caves cherchent à mutualiser leurs équipements de vinification, leurs services techniques, leurs équipes commerciales et leurs investissements de communication. Plus la structure issue de la fusion est imposante, plus elle peut peser sur les marchés export, négocier avec la grande distribution et déployer une politique de marque cohérente.
Pour les vignerons-coopérateurs, ces fusions ne sont jamais anodines. Elles impliquent souvent une redéfinition des bassins d’apport, une harmonisation des politiques d’achat de raisin et parfois une réorganisation des sites de production. Le défi consiste à préserver l’identité des terroirs et la rémunération des apporteurs, tout en gagnant en compétitivité globale.
La nouvelle structure pourra capitaliser sur des appellations à fort potentiel, comme les Côtes du Marmandais, encore relativement méconnues du grand public mais bénéficiant d’une diversité de cépages — dont l’abouriou, spécialité locale — et d’un savoir-faire éprouvé. Une carte d’identité à faire valoir auprès des consommateurs en quête de découvertes et d’authenticité.
Ce rapprochement « historique pour nos coopératives », selon les mots du président, illustre la capacité d’adaptation d’un monde viticole confronté à des défis sans précédent. Reste à transformer l’essai sur le terrain, en faisant de cette union une véritable force économique au service des vignerons.